Les contes de Grand-mère Hilda Mamie Hilda

L'Arc-en-ciel des Rêves

par Grand-mère Hilda. 7 minutes de lecture, tous âges.

On dit, depuis très longtemps, que lorsqu’un arc-en-ciel apparaît, un trésor est caché à son pied. Mythe ou réalité ? Eh bien, il fallait découvrir pour de vrai ce qui se cache derrière ces paroles.

Voici une histoire où l’on raconte qu’il était une fois une jeune fille nommée Luna, qui vivait dans un petit village entouré de collines vertes et grises. Elle avait de longs cheveux sombres, de grands yeux curieux, et l’habitude de toujours regarder vers l’horizon, comme si là-bas, au loin, quelque chose l’attendait.

Un jour, après une pluie torrentielle qui laissa les toits ruisselants et les chemins pleins de flaques, un arc-en-ciel éclatant apparut dans le ciel. Il était si grand et si net qu’on aurait dit un pont peint d’une colline à l’autre. Selon la légende du village, au pied de l’arc-en-ciel se trouvait un trésor qui exauçait les vœux de celui qui le trouvait.

Luna, poussée par la curiosité et par l’espoir de changer son destin, décida de partir pour un long voyage afin de réaliser son vœu de trouver le trésor. Elle mit dans son sac un peu de pain, un châle de laine et une petite boîte d’allumettes, dit au revoir à sa maison et se mit en route.

À mesure qu’elle avançait, elle rencontra des personnages hauts en couleur qui représentaient chacune des couleurs de l’arc-en-ciel, chacun avec sa propre histoire et une leçon à enseigner.

C’est ainsi qu’elle marcha des jours et des jours, cherchant ce qu’elle désirait tant. Mais elle découvrait toujours qu’il lui restait encore beaucoup de chemin pour arriver où elle voulait.

Le premier à apparaître fut un garçon à la casquette rouge, très bavard, qui lui indiqua avec beaucoup d’assurance un chemin par la colline. Luna le suivit jusqu’à ce que le sentier se perde dans les buissons et qu’elle doive revenir sur ses pas. Il ne fut pas le seul : plus d’une fois, elle rencontra des gens qui lui indiquaient la mauvaise direction. Elle apprit ainsi la leçon du rouge : écouter les autres, mais ne jamais cesser de regarder par soi-même où brille l’arc-en-ciel.

Elle était émerveillée par les couleurs de l’arc-en-ciel, et au fond d’elle-même elle pensait : « Je serai très chanceuse quand j’arriverai au bout. »

Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’elle devrait marcher des kilomètres et encore des kilomètres, et traverser des rivières et des montagnes.

En chemin, elle rencontra aussi des gens aimables qui l’aidèrent. Une dame au tablier orange, qui emportait des citrouilles au marché dans sa charrette, l’invita à monter et la conduisit un bon bout de chemin en chantant tout du long. « Personne ne va loin tout à fait seul, ma petite », lui dit-elle en la quittant. Ce fut la leçon de l’orange : savoir accepter l’aide offerte de bon cœur.

Plus loin, un paysan au poncho jaune lui prêta son petit cheval. Mais quand Luna vit combien la route était longue, elle descendit du cheval pour qu’il se repose et ne s’épuise pas trop, et préféra continuer à pied à ses côtés. Le paysan, qui l’avait suivie pour récupérer sa bête, sourit en la voyant et lui dit : « Qui prend soin de ceux qui l’aident ne marche jamais seul. » Ce fut la leçon du jaune.

Quand venait la nuit, Luna se blottissait sous un petit arbre et, s’il faisait froid, elle allumait un feu pour se réchauffer. Elle regardait les étincelles monter vers les étoiles et pensait au trésor.

Le lendemain, elle se levait, allait à la rivière se laver le visage à l’eau froide, mangeait ce qu’elle avait emporté et repartait à la recherche du pied de l’arc-en-ciel. Ainsi marchait-elle, pleine de rêves et d’espoir. Elle rencontrait toujours quelque obstacle, mais jamais elle ne se laissait abattre.

Un jour, en marchant, elle rencontra une vieille dame au châle vert, assise devant la porte de sa maisonnette, à côté d’un potager plein d’herbes.

« Ne t’inquiète pas, lui dit la vieille dame, tu trouveras bientôt ce que tu cherches. Si tu persévères, tu y arriveras. »

La vieille dame l’invita chez elle à partager un petit déjeuner de pain fait maison avec de la confiture et du lait tiède.

« Tu ne peux pas continuer ainsi, sans bien te nourrir, lui dit-elle. Tu dois manger des choses qui te donnent des vitamines et de la force pour la route.

— D’accord, ne vous inquiétez pas, je le ferai », répondit Luna.

Avant de lui dire au revoir, la grand-mère lui remplit une bouteille d’eau fraîche et lui donna quelques pommes. Ce fut la leçon du vert : pour aller loin, il faut aussi prendre soin de soi.

Il lui restait encore beaucoup de chemin, même si cela semblait proche. Luna voyait l’arc-en-ciel briller de plus en plus, et son envie d’arriver au plus vite était immense. Mais elle savait qu’il lui faudrait encore longtemps.

Elle n’avait plus de forces. Un matin, elle ne put se lever tôt, et l’après-midi elle s’allongea sous un arbre jusqu’à s’endormir.

Elle dormit en bonne compagnie : de petits oiseaux aux ailes bleues se posèrent sur les branches au-dessus d’elle et veillèrent sur elle avec beaucoup de tendresse, et de petits chiens de garde se couchèrent à ses pieds. Luna, qui aimait beaucoup les animaux, les caressa à son réveil, et eux, par reconnaissance, l’accompagnèrent un bon bout de chemin. Ce fut la leçon du bleu : se reposer fait aussi partie du chemin.

À son réveil, après avoir dormi environ deux heures, elle but un peu de l’eau que la grand-mère lui avait donnée et mangea une des pommes. Puis elle se leva pour poursuivre son voyage, un peu plus reposée. Il lui restait encore une colline à franchir, pas très haute, et impatiente d’arriver, elle continua à marcher, mais un peu plus lentement pour ne pas s’épuiser.

D’ailleurs, elle se souvenait que la grand-mère lui avait dit qu’elle devrait chercher un abri pour la nuit, car il était un peu dangereux de voyager seule.

Luna voulut suivre son conseil. Près de la colline, il y avait un petit hôtel, et elle y chercha un logement pour la nuit. La gérante, une dame aimable vêtue d’une robe couleur indigo, lui remit les clés de la chambre.

Luna lui demanda si elle pouvait lui monter une tasse de café, et la dame lui proposa aussi un délicieux gâteau qu’elle avait à vendre. « Avec plaisir », dit Luna. Avant de se coucher, elle prit une douche, but le café avec le gâteau, puis s’installa pour dormir, en écoutant le vent agiter les branches derrière la fenêtre.

Au matin, Luna se réveilla, prit une autre douche et s’habilla de vêtements confortables. La gérante lui apporta le petit déjeuner dans sa chambre, et Luna, très reconnaissante de cette attention, la remercia. « Un toit sûr et une main amie valent plus que n’importe quel raccourci », lui dit la dame à la robe indigo. Ce fut la leçon de l’indigo.

Son petit déjeuner terminé, Luna paya son séjour et repartit très joyeuse, car elle avait pu bien se reposer toute la nuit.

Elle reprit sa marche, plus impatiente que jamais.

Elle continua de marcher quand, tout à coup, elle se rendit compte qu’il ne lui restait plus beaucoup de chemin, qu’enfin elle arrivait à son but. Elle voyait l’arc-en-ciel descendre jusqu’au bout du chemin même qu’elle suivait, avec ses couleurs lumineuses et splendides.

Alors qu’elle touchait au but, Luna fit une grande découverte. Poussée par la curiosité et l’espoir de changer son destin, elle était partie en voyage pour trouver, croyait-elle, un grand trésor.

Mais au pied de l’arc-en-ciel, il n’y avait ni coffre, ni pièces, ni bijoux. Il n’y avait qu’une flaque d’eau de pluie, immobile comme un miroir, éclairée d’une lumière violette. Luna se pencha au-dessus et vit son propre visage, fatigué mais heureux, avec les couleurs de l’arc-en-ciel qui brillaient tout autour.

Alors elle se souvint de tous ceux qu’elle avait rencontrés en chemin : le garçon à la casquette rouge, la dame à la charrette orange, le paysan au poncho jaune, la grand-mère au châle vert, les petits oiseaux bleus et la dame à la robe indigo. Chacun d’eux, représentant une couleur de l’arc-en-ciel, lui avait laissé sa propre histoire et sa leçon. Et le violet, la dernière couleur, c’était elle-même.

Quelle surprise ce fut ! Au pied de l’arc-en-ciel, il n’y avait pas de trésor comme celui qu’elle avait imaginé. Luna découvrit que le vrai trésor, ce n’est ni l’or ni les richesses, mais la capacité de voir la beauté et la magie du monde qui nous entoure.

Depuis ce jour, l’arc-en-ciel devint pour elle un symbole d’espoir et de possibilités, qui lui rappelait que les rêves et les vœux peuvent se réaliser si l’on y croit.